Père Herménégilde COYITUNGIYE(Photo d’archives)

Chers frères et sœurs,

Un adage kirundi nous dit : « Umugani ugana akariho »( un conte relate la réalité). Chaque fois que nous sommes à l’écoute de la Parole de Dieu, ça peut nous  arriver de penser qu’elle concerne les personnages bibliques de ce temps là, comme par l’exemple l’histoire de Jacob dans la première lecture de ce jour. Mais, la lutte de Jacob, c’est bel et bien ma lutte comme ta lutte de chaque jour.

En effet, ce Jacob dont il est question dans cette lecture avait usurpé la bénédiction à son frère Essau par ruse, cela parce que leur père était devenu trop vieux et aveugle ne pouvant plus les distinguer. Nous pouvons comprendre qu’une telle bénédiction obtenue par ruse ne pouvait pas procurer la paix intérieure à celui qui l’avait reçue. C’est là où nous avons entendu que, lorsqu’il s’est heurté à cette personne avec qui il luttait, Jacob a demandé une bénédiction : « Je ne te lâcherai pas que tu ne m’aies béni » (Gn 32,27).

Cette nuit de lutte est un signe de celui qui œuvre dans l’obscurité. Au moment où Jacob souhaitait surprendre son frère, c’est Dieu qui a plutôt surpris Jacob. En fin de compte, c’est Dieu qui reste vainqueur, et Jacob finira par se remettre totalement à Dieu : « J’ai vu Dieu face à face et j’ai eu la vie sauve » (Gn32,31). Dieu a donné un nouveau nom à Jacob qui correspond à cette nouvelle bénédiction ne provenant pas d’une ruse. C’est ainsi que dans son périple, Jacob pouvait rencontrer son frère pour une possible réconciliation. Cette réconciliation sera rendue possible par le Seigneur.

Chacun de nous porte cette image de Jacob. Pensons un moment aux luttes quotidiennes de notre vie. Que se passe-t-il si celui-ci ou celui-là gagne malignement des choses de ce monde ? C’est sûr que son cœur ne reste pas tranquille. Son cœur est habité par une lutte incontournable parce qu’il ne peut pas jouir de tels biens en toute quiétude. Pensons à la lutte causée par le péché, notre lutte dans la prière de chaque jour, peut-être parce que nous ne sommes pas encore dociles au Seigneur. C’est de cette manière là qu’il nous est difficile de voir le visage de Dieu dans nos vies du fait que nous marchons encore dans la nuit de toutes ces choses qui nous sont difficiles à lâcher. Je veux dire, cette nuit qui nous envahit quand nous faisons semblant de ne pas voir où se trouve la vérité pour la dire, étant donnée que nous visons un gain malhonnête. Notre conscience ne peut pas nous laisser tranquille.

En référence à l’Evangile de ce jour, je dirais que c’est plutôt cela le démon qui nous rend muet qui peut ligoter pas mal de personnes. Et il est à l’œuvre vraiment, tellement qu’il cherche à envouter les apôtres de la bonne nouvelle du Royaume du Christ, la bonne nouvelle de la paix, de la vérité, de la justice et de l’amour. Pour chasser ce genre de démon, le Seigneur nous invite : « La moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux. Prie donc le Maître de la moisson, d’envoyer des ouvriers dans sa moisson et d’avoir pitié de son peuple » (Mt 9,38). Et je me dis, s’il advenait à manquer ceux qui proclament la bonne nouvelle, eh bien il y aura beaucoup de désemparés, beaucoup qui resteront abattus comme des brebis sans berger.

Par l’intercession de la Vierge Marie, la Mère Trois fois Admirable, demandons la grâce d’atteindre la victoire dans cette lutte intérieure qui fait que nous n’ayons pas la paix de l’âme et cela nuit par nuit, jour par jour, et que nous puissions devenir nous-mêmes des annonciateurs de la Bonne Nouvelle du Christ dans les changements de ce monde d’aujourd’hui.

P. Herménégilde COYITUNGIYE